dehOrs

"Rien de ce qui est humain n'est étranger au travail poétique et surtout pas la nature boiteuse de l'homme aussi omnipotent qu'impuissant, cet éternel mortel, ce roi-clochard."

C'est Eléonore James qui écrit ça, dans l'avant-propos. Tu vois tout de suite quoi, n'est-ce pas ?


... Enfin !
Parfois, j'ai la réaction très à retardement ...
Avant 2017, je me l'étais promis, et zou, aujourd'hui le facteur est passé.
dehOrs, le recueil sAns-abRi,
avec de l'Isabelle Bonat-Luciani, du Christophe Bregaint, de la SéverineCastellant, de la Brigitte Giraud (que je vais écouter ce soir !), de la Charlotte Mont-Reynaud, du Kenny Ozier-Lafontaine, de l'Eric Pessan, du Francesco Pittau, de l'Eric Poindron, du Christophe Sanchez, de l'Anna de Sandre, de la Marlène Tissot, de l'Astrid Waliszek et du Thomas Vinau dedans !
Et d'autres dont je vais découvrir les plumes de ce pas. Miam !
Et une couv', pour tenir chaud, d'Eric Demelis.

Tu veux que je te colle des mots pour que tu feuillettes ?
Tu me laisses faire deux-trois courses (chacun sa poésie du quotidien) et je reviens.
En attendant, retiens bien, ça s'appelle Dehors, recueil sans abri, 

c'est les éditions Janus qui ont sorti ça,
 avec une putain de brochette de gens très bien de la plume (au moins), 
et ça coûte 15 €, qui sont reversés à l'asso Action Froid (tu vois quoi ?) qui vient en aide aux sans-abri. Et tu as vu comme l'hiver s'annonce vigoureux ?...


le deStin tragique d'odEtte léGer et de son mari rObert

Ça dit :
"Cette histoire se déroule sur environ un demi-siècle, du début des années 1960 jusqu'au matin de Noël 2013.

Elle a pour cadre la rue du Chancelier-Rollin à Montceau-les-Mines et plus précisément le numéro 13 où habitaient Odette et son mari Robert, le coiffeur pour hommes du quartier .

Ils se sont installés juste après la guerre pour prendre la succession de monsieur Maréchal. Ce dernier appelait mon frère Bernard "Berniflard Boutonibus". Cela mis à part, son comportement était tout à fait normal.

Les papiers de Robert avaient été détruits pendant la guerre, ce qui faisait dire aux mauvaises langues du quartier qu'il n'avait jamais obtenu son C.A.P. Toujours en mouvement, il était curieux de tout et n'hésitait jamais à sortir dès qu'un bruit attirait son attention, délaissant son client aussi longtemps qu'une scène l'intéressait.

J'ai grandi dans la maison située exactement en face de leur salon de coiffure. Devant ce spectacle toujours imprévisible de leur quotidien pas si ordinaire, je ne pouvais que photographier."


C'est Francois Bouton qui dit ca, l'auteur-phorographe (ou bien on dit le photographe-auteur ?), de ce roman-photo qu'un Marco Lamensch (mais si, l'un des créateurs de Strip-Tease, l'émission) ne renierait pas
Je ne te recopie pas le post-face de l'éditrice, c'est trop long, mais sache qu'elle était joyeusement hilare en découvrant l'objet dans son enveloppe.
Et je suis bien d'accord, c'est drôle, tendre, émouvant, un brin moqueur mais pas deux (de brins moqueurs. C'est pas de la raillerie sauvage quoi).

Voilà, ça s'appelle
Le destin tragique d'Odette Léger et de son mari Robert
et c'est aux editions 
le bec en l'air.
Et ça coûte 28 euros.




le fils de l'omBre et de l'oiSeau







Comment se fait-il, dis, comment se fait-il qu'on ne parle pas plus de ce livre ?!

Ou bien c'est moi qui ai du sable dans l'oreille, trop de vent dans les yeux, qui n'ai pas bien vu, qui ai si peu entendu ?

Le fils de l'ombre et de l'oiseau.
d'Alex Cousseau.


Ou Pawel sur la route.
Sur les routes.
Je dis Pawel, d'autres choisiraient Poki la femme-oiseau, Alma-la-douce, Wari la fille du serpent, Cosmo ou Galvarino, Mocha, la mule, le cheval, le fleuve, la montagne, l'océan. Les airs.

Une voix, des vies, des voies.

Des courants.
Je pourrais te dire des courants d'air, des courants maritimes, des courants fluviaux, des voies navigables, des voies terrestres.
Je pourrais, mais je trouve la terminologie très géographique, j'ai peur que ce te soit restrictif, or je voudrais que tu entendes dans ces mots la respiration et les élans. Tu les entends ? Les courants de vie. Les élans.
«Tout se tient, se répète Pawel. C'est le même élan. Un élan de vie.»
Ce livre est sentiers. 


Je t'en lis un bout ?
« Au commencement, un cheval appaloosa surgit à la nage. Il arrive d'on ne sait où. D'une autre île ou d'un continent plus éloigné encore. D'Europe ou d'Amérique. C'est un cheval sauvage, à la robe tachetée de sombre et de blanc, aux nerfs saillants, aux yeux injectés de sang. Un cheval au bord de l'épuisement. Il a pu voyager des jours et des jours en luttant contre les vagues, des nuits et des nuits en se laissant porter par les courants. Probablement qu'il a sauté d'un bateau. »

« Du vivant de notre grand-mère, la plupart des moais gisent déjà couchés, visage enfoui dans l'herbe des prairies, entourés de crânes, de mâchoires et d'os. Leurs yeux ne regardent plus les étoiles. Ils se sont décrochés de leur orbite, et baignent dans des flaques d 'eau croupie. […] 
Elle glisse dans l'ombre de la statue et examine de plus près le visage de pierre qui lui fait face. Le moai a un air triste. Parfaitement immobiles, ses lèvres font la moue. Mais le basalte dont il est constitué est poreux. Et par toutes ses pores s'échappent encore cette étrange voix aux accents funèbres. […]
Les minutes suivantes, le moai reste muet . Poki attend patiemment. Le vent faiblit, s'éteint, avant de revenir en force. Plusieurs rafales effarouchent les oiseaux, et font onduler les cheveux de la jeune fille en même temps que les hautes herbes alentour. Mais la pierre ne bronche toujours pas. […]
- Il n'y a rien sur cette île.
Poki passe sa main sur la bouche du moai. Elle palpe les lèvres de pierre, aussi longues que deux grands serpents endormis.
- Il n'y a rien, continue la voix. Ni dessous ni dessus. Rien que des os et des cailloux, et des hommes affamés qui feraient mieux de partir ailleurs. Même les arbres ont compris ça. »


« Pommelée d'écume, la mer grossit et troque sa palette de verts et de bleus contre des gris et des ocres métalliques. Le ciel se charge de lourds nuages teintés de mauve. Le froid devient plus vif, les vents se font plus instables encore. Peu à peu, l'hiver austral s'installe. »

« Alma-la-douce n'a jamais cru au hasard. En bientôt un demi-siècle passé sur cette terre, elle a déjà vu de près onze cadavres. Au cours des deux hivers précédents, l'océan en a rejeté trois sur le rivage tout près d'ici. Alors si aujourd'hui les vagues lui déposent un corps qui respire encore, c'est un signe. Cette femme-oiseau, elle va la dorloter. Elle va la recoudre, elle va la remplumer. Elle va la rendre à la vie. »

« Alma m'apprend à écrire. C'est elle qui me montre les verbes, elle qui m'écrit les mots et leur orthographe, qui me les mime et les dessine pour que je sache quand les utiliser. Ensuite je les mélange à mon goût pour parler sur le papier. […] Sans verbe et sans Alma mes mots n'existent pas. Le jour où Alma m'apprend à conjuguer les verbes, je ne retiens que le temps du présent. Je lui dis que je n'ai pas besoin des autres.

Pour me répondre, Alma écrit : "Tu AURAS besoin des autres. Pour avancer. Pour te souvenir ou te projeter. Ou alors tu es un oiseau blessé, aux ailes brisées, aux pattes cassées et tu ne guériras pas."

Et moi je dis : "Non, je vais guérir. Mais j'ai besoin de toi." Et mon regard plonge dans celui d'Alma, ma main se pose sur mon ventre plat, quand je dis TOI je pense à deux personnes, une morte, l'autre pas encore née, Alma et Pawel.

"Tu DEVRAS compter sur d'autres personnes, écrit Alma. Ce n'est pas bon de rester seule dans le présent."
Elle a peut-être raison, mais en attendant le temps passe, et c'est toujours du temps présent. Celui d'hier glisse derrière, celui de devant s'annonce dès maintenant. Hier et demain vivent avec nous aujourd’hui dans la même course, comme l'amont et l'aval du torrent. […] »


« Alma sait le nom des plantes et des animaux, des pierres et des étoiles. Elle connaît le nom de tous les oiseaux d'ici. Les pétrels, lourds et maladroits. Le zorzal, qui fait son nid sur le toit de notre cabane. Et même le nom des vents, parmi lesquels mon préféré, le williwaw, un vent soudain, imprévisible, qui descend des montagnes plus vite encore que le torrent. »


« - Tous les jours se ressemblent, répète Cosmo.

Et il ajoute aussitôt :

- De loin, ils se ressemblent. Ils durent vingt-quatre heures, ils comptent tous un matin, un midi et un soir. Même costume. Et pourtant ils sont différents. Ils sont différents dans les plis. Parce qu'en chacun d'eux, il y a des choses cachées, des imprévus, des arrivées, des départs, des secrets. Comme en chacun de nous. »

« Les jours suivants, tout continue comme avant. »

« Des journées entières Wari se tient là sur le rivage, accroupie, les pieds dans l'eau. Elle attend. Elle ne sait pas précisément ce qu'elle attend, mais les anciens du village lui ont appris une chose : le fleuve dans lequel elle vient tremper ses pieds chaque jour n'est jamais le même. L'eau vient de l'amont, elle va vers l'aval, elle ne peut pas tourner en rond. Les arbres, les animaux et les hommes se sont installés ici depuis longtemps, mais le fleuve ne fait que passer. Le fleuve ne s'arrête jamais, il n'est que mouvement. »


« Autour, la forêt grouille de parfums entêtants. Des cris rauques, des chuintements, des mélodies lointaines se succèdent, ou s'entrelacent. Quelques papillons d'un bleu métallique tourbillonnent entre des lianes de fleurs, des colonies de fourmis escaladent les troncs couverts d'épines. Et là-haut, tout là-haut, les kapokiers, qu'on appelle aussi les arbres-ancêtres, touchent le ciel, déchirant des flotilles de nuages en lambeaux.
C'est un endroit parfait pour reprendre son souffle. »

« Ce cheval a une boussole dans la tête. Ce cheval sait où il va. Il semble le seul à savoir où ils vont. »

« Nous sommes à l'étroit dans une maison de pierres et de bois, un toit en coupole et une unique fontaine. La porte est close, des cordes pendent au plafond, un feu nous éclaire et nous réchauffe, l'eau bout dans une marmite, par la cheminée on entend le vent rugir partout dehors et le cheval palomino hennir encore plus fort que la tempête, comme n'importe quel animal hurlerait en ressentant dans ses entrailles qu'à ses côtés un petit homme est né. »

« C'est qu'ici comme ailleurs, le quotidien vous endort. Puiser l'eau au ruisseau, aller jusqu'à la forêt pour tailler du bois, consolider le toit en coupole, construire un appentis pour abriter les poules, soigner les chèvres, travailler la terre, chasser les serpents... »


« En apprenant le fonctionnement de la montre, et cette notion d'un temps qui coulerait toujours à la même vitesse, Wari tique un peu.

- Autrefois j'ai vécu au bord d'un fleuve, dit-elle. Et je peux vous assurer que son débit variait souvent. Pareil pour ce ruisseau. Après la fonte des neiges, il passe beaucoup plus vite que maintenant. »


C'est l'histoire d'une forêt qui a pris la poudre d'escampette. C'est l'histoire d'une forêt qu'il faut ramener.

C'est une révolution qui tourne en rond, ce qui est propre à sa définition, non ?

C'est la femme-oiseau qui vole, qui nage, qui pépie la nuit dans son sommeil, qui marche aussi. C'est l'enfant qui se déguise, c'est le chiffonnier qui habite ses rêves et son présent, c'est la femme-aux-huit-doigts qui dessine et dessine et dessine. C'est le tricorne noir à doublure secrète qui coiffe des têtes ou des plafonds.
C'est Butch Cassidy qui dort sur ses deux oreilles cette nuit-là et peut-être qu'il ne devrait pas.
Je te dis tout ça, je t'en lis un peu, mais je ne te dis rien de la trame. Des trames. Non, de la trame.
«Tout se tient, se répète Pawel. C'est le même élan. Un élan de vie


Ton récit, tu te le feras.

Mais vraiment, non, je ne comprends pas pourquoi, comment il se fait qu'on ne parle pas plus de ce livre là.

Il est fabuleux.

* S'il fallait en faire de la réclame, je dirais quelque chose comme "plus fort que Redford et Newman réunis"

** Si on me demandait des nouvelles de mes vacances, je pourrais raconter mon périple, en regrettant presque de ne pas avoir envoyé de cartes postales : je pourrais dire que j'ai eu sec, que j'ai eu froid, que j'ai eu mouillé, poussiéreux, que j'ai eu moite, que j'ai eu indolence et léthargie, que j'ai arpenté un continent, sa jungle, ses montagnes, que j'ai déserté un confetti, chevauché un fleuve et balayé un océan. Que j'ai vu un siècle s'éteindre et un autre s'ouvrir.

Le fils de l'ombre et de l'oiseau.
d'Alex Cousseau
collectiondoado au Rouergue



dénEiger le ciEl

"L'hiver, dans cette région, ne se résumait pas seulement à un petit tour de magie ou à une péripétie malicieuse changeant un foulard brun en colombe. Non, pas vraiment. En tout cas, il s'agissait d'un peu plus qu'une simple métamorphose. Du blanc d'abord, bien épais, puis du gris sale et enfin, à la fonte, la boue, la gadoue. Pendant tout ce temps, un froid insidieux, amplifié par le vent, qui s'installait à demeure. Il changeait les animaux, les oiseaux surtout, en fantômes, en spectre de plumes. Ce n'était pas encore un froid à faire exploser une corneille ou un merle en plein vol, mais on s'en approchait. Les oiseaux le savaient et ceux qui restaient se terraient. Les montagnes tout autour ressemblaient à une banquise empilée. Même la neige désormais peinait à tomber, comme suspendue, la respiration arrêtée, ses flocons étouffés. Le moindre effort devenait une entreprise démesurée."

Se faire du bien. Lire André Bûcher.
Déneiger le ciel.
aux éditions Sabine Wespieser



mOnsieur sAtie, l'hOmme qui avait un petit piAno dansla tÊte

13h42, sans le sou, chanceux malgré tout...
"Il faut froid chez lui. Dans son aquarium, les poissons éternuent."
"Sur le piano, deux petites bougies grelottent. Elles ne se souviennent plus d'avoir été allumées."
"Vous ne savez pas de qui vous vous moquez, Messieurs. Je ne suis pas n'importe qui : Érik Satie, compositeur gymnopédiste phonométographe huluberlubuesque et philophone. Pour ne pas vous servir !"

Monsieur Satie, l'homme qui avait un petit piano dans la tête
écrit par Carl Norac
raconté par François Morel
illustré par ElodieNouhen
Didier Jeunesse





les viEux fOurneaux

Pas un jour sans un éclat de rire,
starring Mimile et Pierrot, et Sophie aussi.


Les vieux fourneaux
3. Celui qui part
lupAno et cAuuet




wAzo kOng

Et puis encore un Jacques, et encore rire avant d'aller dormir.
À la deux mille soixante-douzième (au bas mot) lecture, son wazo m'arrache toujours cette petite larme de sourire.

À déguster à voix haute sans aucune modération...




le préAu des z'hEros

Et puis après, il fallait bien dégoupiller l'émotion. Raccrocher le fil de la journée.
Alors, c'était pas l'heure mais on s'en fiche, on a repris notre lecture. Celle du Préau des Z'héros, qu'on a commencé la semaine dernière. On en est au chapitre trois.
Et on a bien rigolé ! Franchement, on a ri à bouche-que-veux-tu, on a ri à cœur-joie.
Et j'ai bien vu que ça faisait du bien, oui j'ai bien vu.
Merci Estelle (et les fesses des vaches aussi) !


"Et quand il court, il remue ses fesses comme une vache."

page 25
Le préau des Z'héros
Estelle Billon-Spagnol
auxéditions Alice


lA vie encOre

Le livre que je voulais leur lire demain...
Et je ne pourrai pas, je l'ai prêté.
C'est pas grave, je leur lirai après-demain.

La vie encore,
thOmas scOtto aux mots,
zOé thOuron aux illustrations.
Editions du pOurquoi pAs


la rOute

" Quand il se réveillait dans les bois dans l'obscurité et le froid de la nuit il tendait la main pour toucher l'enfant qui dormait à son côté. Les nuits obscures au-delà de l'obscur et les jours chaque jour plus gris que celui d'avant. "

Back to basics.
lA rOute

Et Tom dans les oreilles...